ⓘ Histoire

Jour férié

Un jour férié est un jour de fête civile ou religieuse, ou commémorant un événement. Il nest pas obligatoirement chômé, les lois de chaque pays ou les conventions collectives des entreprises précisant les modalités et dispositions à appliquer, notamment en termes de rémunération.

Année (calendrier)

Une année est un intervalle de temps défini conventionnellement dans le cadre d’un calendrier, égal à un nombre entier de jours, et plus ou moins proche de l’année tropique qui correspond à la périodicité des saisons terrestres. La durée dune année et son commencement peuvent varier selon le calendrier considéré ; la durée de l’année tropique est elle-même sujette à variations au cours de longues périodes. Dix années forment une décennie, cent un siècle et mille un millénaire. Quatre années forment une olympiade ; un lustre est une période de cinq années.

Mois

Le mois est une unité de temps utilisée dans les calendriers, correspondant à une division de lannée. Dans les calendriers solaires occidentaux, un mois est défini comme un douzième de lannée, elle-même basée sur lannée tropique, chacun des mois comptant un nombre variable de jours. Dautres types de calendrier utilisent des définitions différentes, comme les calendriers lunaires, basés sur les lunaisons. Dautres découpent le temps de façon arbitraire sans correspondance avec des phénomènes astronomiques comme certains calendriers aztèques pour lesquels les périodes correspondantes sappelle ...

                                     

ⓘ Histoire

English version: History

L’ histoire, souvent écrit avec la première lettre majuscule, est à la fois l’étude et lécriture des faits et des événements passés quelles que soient leur variété et leur complexité. Lhistoire est également une science. On désigne aussi couramment sous le terme d’ histoire le passé lui-même, comme dans les leçons de lhistoire. Lhistoire est un récit écrit par lequel des hommes et des femmes sefforcent de faire connaître les temps révolus. Ces tentatives ne sont jamais entièrement indépendantes de conditionnements étrangers au domaine telle que la vision du monde de leur auteur ou de sa culture, mais elles sont censées être élaborées à partir de sources plutôt que guidées par la spéculation ou lidéologie.

Au cours des siècles, les historiens ont façonné leurs méthodes ainsi que les champs dintervention, tout en réévaluant leurs sources, leur origine et leur exploitation. La discipline universitaire détude et écriture de lhistoire, y comprise la critique des méthodes, est lhistoriographie. Elle sappuie sur diverses sciences auxiliaires complétant selon les travaux menés la compétence générale de lhistorien. Elle reste malgré tout une construction humaine, inévitablement inscrite dans son époque, susceptible dêtre utilisée en dehors de son domaine, notamment à des fins dordre politique.

                                     

1. Étymologie

Le mot "histoire" vient du grec ancien historia, signifiant "enquête", "connaissance acquise par lenquête", qui lui-même vient du terme ἵστωρ, hístōr signifiant "sagesse", "témoin" ou "juge". Il a pour origine les Enquêtes Ἱστορίαι / Historíai en grec dHérodote. Littéralement, le mot ionien Historíai signifie "recherches, explorations", et dérive selon toute vraisemblance de la racine indo-européenne *wid- qui signifie voir, ou savoir pour avoir vu.

Le mot est introduit en français au début du XII e siècle avec le sens de "relation des événements marquants dune vie, dun règne" ou de "chronique dun peuple". Il prend aussi le sens général dhistoire au sens de récit, polysémie quil a conservé jusquà ce jour en français comme en allemand. Cest à partir du XIII e siècle, comme peut en témoigner lusage quen fait Brunetto Latini dans son Livre dou Trésor, que le terme commence à recouvrir le sens de "récit historique". On peut noter quau Moyen Âge, la forme ordinairement employée du mot était Estoire: ce nest quà partir de la Renaissance que lon reviendra à la graphie antique.

Le mot connaît de nombreuses dérivations. Lannée 1213 voit ainsi la première occurrence des termes dhistorien et dhistoriographe emprunt au latin historiographus. Le verbe désuet Historier apparaissant au XIV e siècle, et ladjectif historique survenant en 1447 emprunt du latin Historicus, lui-même emprunt du grec historikos. Le diminutif historiette remonte à 1657 premier emploi par Tallemant des Réaux dans le titre dun de ses ouvrages. Le vocabulaire savant du XVIII e et du XIX e siècle permet ensuite lapparition dun vocabulaire plus spécialisé comme préhistoire en 1872 et anhistorique.

                                     

2. Premiers textes historiques

La connaissance des faits historiques est assurée par la tradition orale. Selon Georges Lefebvre, "les premiers historiens, en ce sens, furent probablement des poètes". Selon Michel de Certeau: "De même, chez les Merian de Madagascar, les teiarana anciennes listes généalogiques, puis les tantara lhistoire passée forment un "héritage des oreilles" lovantsofina ou une "mémoire de la bouche" tadidivava".

Avec linvention de lécriture apparaît le récit historique, production spontanée et indépendante des contraintes postérieures de la discipline historique. Les premières chroniques mésopotamiennes remontent au début du III e millénaire av. J C et se dégagent de toute influence mythologique à partir du début du millénaire suivant. Il sagit de renseignements utiles aux dynasties, de listes décrivant année par année les événements dun règne celui dHammurabi, dun État Mari, voire, dans le cas de la chronique synchronique, de plusieurs États la Babylonie et lAssyrie. La vocation de ces listes est purement mémorielle et didactique, et elles ne sont pas exemptes dun certain parti pris: il sagit de faire connaître à la postérité sous un jour positif les faits et gestes de son souverain. Ainsi, le Cylindre de Cyrus glorifie Cyrus le Grand comme un bienfaiteur des citoyens de Babylone qui a amélioré leurs vies, rapatrié les personnes déplacées, restauré les temples et lieux de culte à travers la Mésopotamie et dans la région. Il finit avec une description de la façon dont Cyrus a réparé les murailles de Babylone et trouvé une inscription similaire placée à cet endroit par un ancien roi 4.

Lhistoire en Grèce antique ajoute à ces motivations des préoccupations dordre littéraire et scientifique comme en témoignent les oeuvres dHérodote, de Thucydide et de Polybe. Hérodote -484 ou -482, -425 est un savant grec qui parcourt durant sa vie lÉgypte actuelle et le Moyen-Orient, allant jusquà Babylone. Dans ses Enquêtes, il veut faire oeuvre de mémorialiste et raconte des événements récents, les guerres médiques, "afin que le temps nabolisse pas les travaux des hommes". Il se place donc dans une perspective historique qui fait quon a pu le qualifier de "père de lhistoire".

Tandis quHérodote fait souvent figure dinitiateur du récit historique, Thucydide vers -460 - vers -400 est le premier à se soucier explicitement de méthode, avec un enjeu de recherche de la "vérité", et non plus simplement de "mémoire" et de transmission. Dans son Histoire de la guerre du Péloponnèse, il sattache à relater les causes de la guerre, les faits déclencheurs, puis il raconte chronologiquement cette guerre, restant au plus près des événements, afin de donner un portrait fidèle de ce conflit quil considère être fondamental dans lhistoire du monde et quil veut expliquer aux générations futures. Il a également une vision profondément rationnelle des faits, ne voyant pas dans lenchaînement de ceux-ci lintervention des dieux mais la conséquence des actions des hommes.

Il reste peu de chose des oeuvres historiques grecques postérieures à celle de Thucydide: aussi bien les oeuvres de Timée, dEphore de Cumes, rédacteur en -340 de la première histoire du monde, que celles des "historiens dAlexandre" ne subsistent que de manière fragmentaire. La principale étant celle de Polybe: son histoire en cinquante livres, ayant lambition de traiter lhistoire du monde antique de -220 à -150, avec comme point de repère lascension de la république romaine. La méthode de Polybe, tout comme celle de Thucydide, se veut rigoureusement rationnelle et "pragmatique": il interroge les survivants, se rend sur les lieux des événements décrits, etc. De cette oeuvre très vaste, qui anticipe sur les grandes synthèses historiques modernes, un tiers, tout au plus, a survécu.

Avec lavènement de lEmpire romain, la discipline historique tend à perdre de son indépendance et à ne devenir quun moyen au service dune fin politique chez Tite-Live ou morale chez Salluste. "Dans lensemble les Romains sintéressaient plus aux mérites littéraires de leurs livres dhistoire quà rapporter avec précision ce qui sétait réellement produit". Cette tendance de la discipline a pu être qualifiée d "histoire pragmatique".

Le seul traité historiographique qui ait été conservé de lAntiquité est celui de Lucien de Samosate: Comment lon écrit lhistoire. Dans cette critique sévère des historiens de son temps, il écrit notamment: "La tâche de lhistorien, il ny en a quune ; dire les choses telles quelles se sont passées", et "lhistorien ne saurait écrire à la manière des rhéteurs: ce quil a à dire a déjà été dit et sera dit par dautres, car ce sont des faits accomplis ; il faut simplement les mettre en ordre et les exposer ; il na pas à chercher ce quil doit dire, mais comment il le dira".

Si les auteurs chrétiens réduisent lhistoire à un rang dauxiliaire de la théologie, ils tiennent néanmoins cette discipline en grande estime, et lui permettent de survivre à la disparition de lempire romain dOccident: en témoignent les oeuvres dEusèbe de Césarée, dIsidore de Séville, ou de Bède le vénérable. Parallèlement se maintient une histoire séculière sous la forme de chroniques, telle que celle dEginhard.

La pratique se maintient au sein de lEmpire byzantin avec les chroniques impériales, et sa méthodologie trouve également un écho en Orient avec le Coran dabord, qui cherche à fixer la mémoire des paroles délivrées par Dieu à son Prophète. La vie de Mahomet, puis des compagnons devient également un sujet, et les descriptions et commentaires historiques servent de base aux querelles théologiques, les différentes madhhabs sunnites tenant souvent les descriptions de la vie des habitants de Médine à lépoque du Prophète comme un exemple de vie selon les principes de lIslam. La première biographie écrite sur Mahomet aurait été celle dUrwah ibn al-Zubayr en mort en 713 petit-fils dAbu Bakr, fils dAsmaa bint Abu Bakr et de Zubayr ibn al-Awwam, deux compagnons de Mahomet. Il aurait rédigé cette biographie en se basant sur les témoignages de plusieurs autres compagnons de Mahomet. Lune des premières grandes campagnes de documentation historique dans la région est celle autour de la Rébellion des Zanj au VIIIe siècle, des historiens comme Al-Tabari et Al-Masûdî ayant mené un travail extensif de documentation et de restitution des étapes du soulèvement, fondant par là même la tradition historique arabe. Celle-ci est marquée par limportance donnée à l isnad la chaîne de transmission orale des récits pour valider les faits racontés, ainsi que par un récit se voulant complet et relatant donc toute histoire populaire et connue, laissant le soin aux commentateurs postérieurs de démêler le vrai du faux. Cet état de fait restera jusquà Ibn Khaldoun au XIV e siècle qui la refondera sur des critères plus scientifiques au sens moderne du terme.

                                     

3. Champs et périodisation

Selon les époques et le rôle qua tenu lhistoire au cours des siècles, les champs détudes de lhistorien ont fondamentalement évolué. Ainsi, la "civilisation" prise au sens restreint, cest-à-dire les pratiques de gouvernement et religieuses dune population et la guerre ont longtemps été les principaux objets de cette réflexion historique qui se présentait comme une "mémoire de lhumanité". Les objets de lhistoire sont donc au départ centrés sur lhistoire militaire, lhistoire politique et lhistoire religieuse. Lhistoire voit progressivement son champ sélargir vers lhistoire diplomatique, lhistoire sociale, lhistoire culturelle ou encore lhistoire économique. Plus récemment partagée en périodes historiques, qui varient fortement selon les pays et les civilisations. Ces périodes sont souvent utilisées pour séparer les domaines détude, ainsi que, dans léducation primaire et secondaire, pour poser les jalons nécessaires aux élèves dans leur perception des temps passés. Ces périodes, ou bien – mieux – ces "époques", car le premier terme stipule étymologiquement une histoire cyclique, ont pour double objectif de répondre à une exigence chronologique et de poser des repères, dindiquer des ruptures qui traduisent un changement dobjet. Les époques et les champs étudiés par lhistorien varient aussi, puisque létat des sources nest pas le même à toutes les époques. Les historiens de lÉcole des Annales ont au XX e siècle fait éclater le cadre rigide de lhistoire événementielle en mettant en évidence le concept de longue durée qui rend davantage compte des mouvements lents et fondamentaux des sociétés humaines. L’École des Annales, enfin, considère que l’Histoire n’est pas l’histoire des nations ni des grands hommes mais bien l’histoire de tout ce qui est humain.

Si lhistoire de la Terre commence avec la formation géologique de notre planète, et si lhistoire de lhumanité commence avec lapparition du genre Homo, on limite traditionnellement lemploi du mot "histoire" pour les périodes qui nous sont connues par lintermédiaire de sources écrites, quel que soit le support de ces sources et quels que soient les moyens par lesquels elles nous sont parvenues. Les périodes pour lesquelles de telles sources nexistent pas ont été nommées, quant à elles, préhistoire ou protohistoire. En revanche, les chaires de proto- histoire et de pré- histoire existent au sein de lUniversité française: lhistorien a "colonisé" ce territoire, notamment sous la direction dAndré Leroi-Gourhan, préhistorien français emblématique. Ce dernier rappelle dailleurs que la différenciation entre larchéologue et le préhistorien sest opérée au XIX e siècle pour des questions dapproches disciplinaire. Sur le plan technologique, les chercheurs en histoire du genre humain saccordent à reconnaître trois grandes "révolutions techniques" bouleversant profondément les modes de vie antérieurs:

  • la "révolution industrielle", intervenue depuis deux siècles et demi environ, et qui a donné au genre humain accès à lénergie électrique et aux énergies fossiles et fissiles.
  • la "révolution du feu" intervenue selon les hypothèses il y a 800 000 à 400 000 ans, qui a donné au genre humain le moyen de modifier les milieux naturels au profit du sien: la savane et la prairie, dêtre un prédateur beaucoup plus efficace et de salimenter de nutriments cuits ;
  • la "révolution néolithique" intervenue selon les aires géographiques il y a 8 000 à 2 000 ans avant notre ère, marquée par la sédentarisation et lagriculture ;

Si dautres révolutions techniques ont également eu lieu, comme la maîtrise du bronze, du fer et de lacier durant la haute Antiquité ou encore la révolution de la navigation maritime aux XVe-XVIe siècles, leur influence moindre sur les modes de vie et surtout leur maîtrise inégale et fortement décalée dans le temps par les différentes populations humaines réparties à travers le globe empêchent leur classification parmi les grandes révolutions ayant affecté ponctuellement lhumanité dans son ensemble.

                                     

4.1. Méthode Recherche des sources

Le passé humain nest jamais saisi directement par lhistorien. Ainsi, traces, archives, témoignages et documents sont les matériaux et les objets de la discipline historique qui ne permettent ni expérimentation, ni observations immédiates. Il existe une extrême diversité de nature de ces traces. Il est dusage dopérer une distinction entre sources écrites et non écrites, les premières ayant été pendant longtemps utilisées exclusivement. Lhistoire a connu une réflexion sur lélargissement de la notion de sources. Elles ne se limitent pas aux sources narratives cest-à-dire à celles qui rendent compte directement de ce qui sest passé les chroniques médiévales ou un article de journal par exemple. Lhistorien bénéficie aussi dun réservoir plus important: les sources documentaires. Celles-ci regroupent lensemble des documents dont le but premier nétait pas de renseigner sur lhistoire. Ainsi les rôles de la taille navaient pas dintention historienne, mais peuvent nous permettre dapprocher la hiérarchie des fortunes sous lAncien Régime. De même, les relevés du fouage et de la capitation permettent de renseigner sur la démographie et sur la richesse de la population, car là où le premier réparti selon les moyens de chacun entre les foyers dune commune, le second portait directement sur la population, sans discrimination de richesse.

Cependant, ces traces, ces sources deviennent documents par une construction de lhistorien et résultent dune sélection et dun questionnement particulier. Ainsi, Henri-Irénée Marrou propose la définition suivante pour le document historique: "Est un document toute source dinformation dont l’esprit de l’historien sait tirer quelque chose pour la connaissance du passé humain, envisagé sous l’angle de la question qui lui a été posée".

Avant de se lancer dans la lecture des sources, lhistorien réfléchit sur les documents qui pourraient répondre à la question historique quil se pose. La question déterminera les sources. Antoine Prost, dans ses Douze leçons sur lhistoire parues en 1996, résume cette idée par une belle image: "Lhistorien ne lance pas son chalut au hasard, pour voir sil prendra des poissons, et lesquels" Léventail des sources à disposition ne cesse de croître. Si, pendant longtemps, la recherche sest appuyée sur les traces écrites, lhistorien fait aujourdhui feu de tout bois. Lucien Febvre écrivait: "Lhistoire se fait avec des documents écrits, sans doute. Quand il y en a. Mais elle peut se faire, elle doit se faire sans documents écrits sil nen existe point. Avec tout ce que lingéniosité de lhistorien peut lui permettre dutiliser pour fabriquer son miel, à défaut des fleurs usuelles. Toute une part, et la plus passionnante sans doute de notre travail dhistorien, ne consiste-elle pas dans un effort constant pour faire parler les choses muettes". Afin de comprendre lévolution des paysages et des structures agraires, Marc Bloch a étudié les cadastres du XIX e siècle. De même, larchéologie fournit des données inédites par rapport aux sources traditionnelles, et permet parfois de confirmer ou dinfirmer les informations quelles délivrent.

                                     

4.2. Méthode Critique des sources

La pratique de lhistoire exige de conserver une attitude critique à légard des sources. Cest ce doute permanent qui fait lune des spécificités de la pratique. Les premiers jalons de cette réflexion sont posés par lécole des moines mauristes et bollandistes au XVII e siècle. Les historiens de lécole dite méthodique, Langlois et Seignobos reprennent ces "règles", qui concernent principalement les témoignages écrits. Ils distinguent ainsi deux opérations principales de la critique, la "critique interne" et "externe":

  • La critique externe porte sur les caractères matériels du document tels son papier, son encre, son écriture, les sceaux qui laccompagnent. Elle interroge lauthenticité des sources. Ce type de critique nécessite des connaissances en paléographie, en sigillographie, en héraldique, en chronologie, en diplomatique et en épigraphie.
  • le classement des sources.
  • La critique interne repose elle sur la cohérence du texte.
  • la "critique de portée" qui sintéresse aux destinataires du texte. Un préfet peut, dans son rapport au Ministre de lIntérieur, minimiser les troubles frappant son département de peur que son supérieur le prenne pour un incapable.
  • la "critique de provenance" qui interroge lorigine de la source. Lhistorien en tire des conclusions sur la sincérité et lexactitude du témoignage. Le récit dun historiographe officiel tend ainsi à magnifier le rôle et les qualités de son prince.

Un exemple de critique externe est quune lettre écrite sur papier, dite du XII e siècle, est certainement fausse car on écrivait sur du parchemin à cette époque tandis que la critique interne démontre quune charte de Philippe Auguste datée au bas de 1225 est un faux car ce roi de France est mort en 1223.

La méthode critique se fonde également sur la comparaison des témoignages. Quand ils concordent, cest lun des signes de la crédibilité des faits. Par contre, quand un témoin est contredit par plusieurs autres, cela ne signifie pas automatiquement quil ment. Ces autres témoins sappuient peut-être sur la même source erronée. Une fois les témoignages passés au crible de cet arsenal méthodique, lhistorien sattache à bien interpréter le sens du texte. Lhistoriographie anglo-saxonne a davantage poussé les historiens à se méfier des conclusions quon peut tirer de la lecture dun texte.

Cest par la réflexion sur les sources que, depuis les années 1980, les sources visuelles se sont imposées à égalité avec les sources écrites. Utilisées par les spécialistes de lAntiquité Jean-Pierre Vernant ou du Moyen Âge Georges Duby, il a fallu des travaux pionniers comme ceux de Michel Vovelle avec la Révolution française ou Maurice Agulhon et Marianne pour que ces sources deviennent aussi légitimes que lécrit. Aujourdhui où il existe une accumulation et une conservation exponentielle de ces images, est apparue la nécessité de jeter les bases dune histoire générale du visuel incluant lart et ses spécificités Laurent Gervereau.

                                     

5. Historiographie

Lhistoriographie 1550, littéralement "écriture de lhistoire", est un nom dérivé de l "historiographe", cest-à-dire "celui qui écrit lhistoire". Le nom désignait originellement un ensemble douvrages historiques. Par extension, lhistoriographie a désigné lhistoire de lécriture de lhistoire. Érigée en spécialité de la discipline historique, lhistoriographie allemand Geschichtswissenschaft ou Geschichtsschreibung, anglais historical writing présente généralement le regard dun historien sur ses prédécesseurs et sur leur travail.

Plusieurs ensembles cohérents douvrages historiques – ou "historiographies" – existent pour une même période, offrant généralement des points de vue différents sur lHistoire. Jusquà la deuxième moitié du XX e siècle, une "historiographie" revêt souvent un caractère "national", dans la mesure où elle rapporte un point de vue politique sur des événements. Par exemple, il est possible de citer pour le Moyen Âge lhistoriographie byzantine et lhistoriographie franque: celles-ci présentent très différemment le problème de la querelle des Images qui opposa un temps lÉglise romaine et lÉglise byzantine à lépoque de Charlemagne.

Lhistoriographie traite les mêmes problèmes que la méthodologie, mais lapproche de ces questions est nécessairement différente: la méthodologie a pour objet létude du travail que lhistorien réalise en amont pour écrire lhistoire, alors que lhistoriographie sattache au travail fini des historiens. Aussi, lhistoriographie a souvent un caractère plus polémique. Enfin, les conclusions des études historiographiques sont généralement à lorigine des changements méthodologiques.

                                     

5.1. Historiographie Sens et philosophie de lhistoire

Lidée de donner un sens à lhistoire est à proprement parler universelle. On la retrouve à la base de tous les récits dits mythiques, qui sont une manière de domestiquer le temps et dinscrire lexistence humaine dans un cadre temporel défini. Dans lhistoire moderne, cest avant tout suivant la pensée de Hegel que certains historiens, ou plutôt commentateurs de lhistoire, sattachent à donner un sens aux informations quils récoltent, au risque de créer une histoire partisane, biaisée ou erronée.

On peut distinguer plusieurs types de philosophie de lhistoire.

La première peut être dite fataliste. Le destin de lhumanité sexplique avant tout par les édits arbitraires dune puissance supérieure que lon ne saurait altérer que par des sacrifices. Cette conception est notamment présente chez Hésiode, avec le concept de la Moira. La place de lhomme dans lhistoire et son influence sur son cours sont donc minimes, tout au plus peut-il craindre le Divin et chercher à sattacher leur faveur.

La seconde est de type cyclique. On la retrouve dans les philosophies orientales, et plus particulièrement dans le bouddhisme. Elle est également présente chez les Aztèques, qui considéraient que plusieurs mondes avaient précédé le nôtre et que plusieurs autres le suivraient. Lon considère ici que lhistoire humaine et naturelle est comparable à la succession des saisons: il existerait ainsi une "grande année", dune durée incommensurable, découpée en plusieurs époques, et au terme duquel lon reviendrait au point de départ. Transmises par Bérose, ces conceptions vont être intégrées au Stoïcisme.

La troisième est de type progressiste. Lhistoire de lhumanité tendrait vers un progrès ininterrompu. Cette philosophie apparaît dans la culture hébraïque après la destruction de Jérusalem par Nabuchodonosor, au travers du mythe de la "terre promise", puis devient partie intégrante du message chrétien en particulier chez saint Jean, et Augustin dHippone. La plupart des écoles et doctrines politiques et idéologiques occidentales découlent de cette conception philosophique: libéralisme, marxisme, socialisme, etc. Dans cette vision, le travail de lhistorien intègre une dimension idéologique, car selon les écoles et les sensibilités le sens final de lhistoire, la direction du progrès historique peuvent fortement varier.

Une quatrième école dénie tout sens à lhistoire humaine. Il ne sagirait que dune succession hasardeuse dactions: ainsi, William Shakespeare écrit-il dans Macbeth, la vie "est une histoire - dite par un idiot, pleine de fracas et de furie, - et qui ne signifie rien…". Cest aussi la position de Schopenhauer: "La devise générale de lhistoire devrait être: Eadem, sed aliter". Cette école agnostique se retrouve aussi en histoire naturelle où, avec Stephen Jay Gould et ses successeurs tels Hervé Le Guyader ou Guillaume Lecointre, elle affirme que lévolution non plus na pas de sens prédéterminé mais est une succession hasardeuse dévènements et de phénomènes. Cette école se manifeste en préférant le comput historique par a.n.è. avant notre ère et n.è. notre ère plutôt que av. J C. avant Jésus-Christ, adopté dans Wikipédia, comput qui reste problématique car il divise lhistoire en deux "ères" distinctes, le point de basculement étant toujours centré sur la naissance de Jésus de Nazareth et donc sur le début du christianisme.

                                     

6.1. Histoire et sciences Sciences auxiliaires de lhistoire

Lexpression "Sciences auxiliaires de lhistoire" désigne lensemble des disciplines scientifiques, sociales, littéraires et philologiques qui peuvent permettre lexploitation ou la critique des sources utiles au travail historique. Au XIX e siècle, un cloisonnement profond sépare lhistoire enseignée et la recherche historique. Cette séparation, déplorée dès 1891 par Ferdinand Lot, attaquée dans le premier numéro des Annales en 1929, est remise en cause au XX e siècle. Lhistoire sadjoint dès lors lassistance de disciplines autonomes comme autant dinstruments de recherche dans une perspective dinterdisciplinarité. Si lÉcole des Annales peut à loccasion adopter une attitude dominatrice par rapport aux autres sciences sociales, des rencontres peuvent émerger et donner naissance à des nouvelles voies de recherche, comme en témoigne le développement de lanthropologie historique ou le renouveau de la diplomatique.

                                     

6.2. Histoire et sciences Une discipline scientifique?

Lhistoire moderne, en tant que discipline intellectuelle, ne fait pas partie des sciences dites "exactes" ou "dures" mais des sciences dites "sociales" et "humaines", comme la sociologie, lethnologie, la psychologie, etc. Cest une science sociale dans le sens où elle sattache dabord à létude de lHomme dans les sociétés par un travail d’interprétation, sans pour autant écarter le principe d’impartialité. Lhistorien cherche à comprendre le passé via une pluralité de perspectives, en regroupant donc des sources variées et en tenant compte de la subjectivité de lobservateur y compris de lhistorien lui-même.

Un débat existe sur lobjectivité de lHistoire. Il est notamment apparu quand la découverte des lois de physique par Isaac Newton, en établissant que certains événements naturels peuvent être prévus, posant aux historiens un problème nouveau: celui de la "scientificité" de lhistoire. Comme les sciences dures, la discipline historique implique une analyse rationnelle des faits, et vise à la "vérité". Plusieurs tentatives de résolutions ont été envisagées ;

  • La seconde, représentée par le mathématicien Antoine-Augustin Cournot, fait certes de lhistoire une discipline scientifique, mais une discipline scientifique relative dont le hasard est une composante essentielle. Soit donc le caractère imprévisible de lhistoire cesse dêtre, comme chez Laplace, une illusion liée à notre ignorance des lois profondes de lhistoire, pour être appréhendé comme "un fait vrai en lui-même". Pour Cournot, lhistoire est une suite de séries causales, qui, sentrecroisant, produisent lévénement. Ainsi, si lon considère la mort de Pyrrhus I er causée par la chute dune tuile, lon sera dans lentrecroisement de deux séries causales: la série causale de la tuile, amenée à tomber à un moment précis, sur un lieu précis, et la série causale de Pyrrhus présent au moment précis, et au lieu précis. Lavantage de ce système de séries causales cest quil permet de concilier hasard et déterminisme: "de ce que le croisement continuel des chaînes de conditions et de causes secondes, indépendantes les unes aux autres, donne perpétuellement lieu à ce que nous sommes des "chances" ou des combinaisons fortuites, il ne sensuit pas que Dieu ne tienne point dans sa main les unes et les autres, et quil nait pu les faire sortir toutes dun même décret initial".
  • La première, notamment incarnée par le mathématicien français Pierre-Simon de Laplace, voit la discipline historique comme une science dure. Si elle ne possède pas de lois comparables à celles des sciences physiques, cest simplement parce quelle na pas encore connu son Newton. Dans son Essai philosophique sur les probabilités, Laplace écrit: "tous les événements, ceux mêmes qui par leur petitesse semblent ne pas tenir aux grandes lois de la nature, en sont une suite aussi nécessaire que les révolutions du soleil". Cette position est aussi celle de lhistorien Fustel de Coulanges pour qui "l’histoire n’est pas un art ; elle est une science pure, comme la physique ou la géologie.

Une question que le développement de linternet remet en exergue est celle de la valeur et de laccessibilité des sources, officielles ou non ; lHistoire peut-elle être Open-source?, se demandait en 2006 Roy Rosenzweig.

                                     

7. Lhistorien

Un historien est une personne qui étudie ou communique sur l’histoire. Il a pour tâche de rapporter des faits passés, de les catégoriser, puis den proposer une interprétation équilibrée et justifiée par des sources, sous le contrôle du public informé.

Antoine Prost, dans Douze leçons sur lhistoire, affirme que: "lhistoire, cest ce que font les historiens" et que "cest en faisant de lhistoire quon devient historien".

Lhistoire est une discipline qui ne peut se transmettre de façon complète et didactique, elle est un savoir-faire qui sacquiert de façon progressive, presque artisanalement. La récurrence du vocabulaire artisanal dans les écrits des historiens montre que le métier vient par lapprentissage, la pratique, laccumulation et la maîtrise de compétences plus que par un savoir scientifique exhaustif à apprendre. Marc Bloch se définit ainsi comme "un artisan, vieilli dans le métier", François Furet parle datelier, lhistorien allemand Werner Conze évoque une corporation avec ses maîtres, ses compagnons et ses apprentis.

Ces formules paraissent contradictoires chez des historiens qui, dans le même temps, affirment que lhistoire est une science, dotée de règles de fonctionnement. Mais en fait, il sagit surtout de souligner que les règles de lhistoire sacquièrent de façon progressive, par la pratique, et quaucune règle ne peut être appliquée automatiquement et sans une réflexion aboutie. Le champ lexical de lartisanat, très fréquent chez les historiens, exprime toute la complexité de lhistoire.

La formation de lhistorien est en très grande partie fondée sur deux axes: la connaissance de lhistoire en général connaissances livresques sur les faits du passé, maîtrise de lhistoriographie et sur des connaissances pratiques méthodes danalyse des sources et décriture de lhistoire. Il est donc à la fois un universitaire, un érudit qui connaît lhistoire du monde dans son ensemble, et un chercheur qui sera à même de contribuer également à la recherche historique dans les domaines de son choix.

                                     

8. Place de lhistoire dans la société

Si "du rassemblement des documents à la rédaction du livre, la pratique historique est tout entière relative à la structure de la société", dans les contraintes et les exigences que cela peut impliquer, les historiens ont souvent interrogé ou été confrontés au fondement dune "mission sociale de lhistorien". Ils ont ainsi souvent dû sinterroger sur les possibles finalités culturelles, intellectuelles ou morales de leur discipline. La question de la place de lhistoire dans les sociétés relève tant de la sociologie, de la science politique, de la philosophie que de lhistoire elle-même et de lhistoriographie. Se posent aussi aujourdhui des questions pédagogiques importantes qui imposent de donner des repères de base et conduisent à une "histoire stratifiée": locale, régionale, nationale, continentale, globale.

                                     

8.1. Place de lhistoire dans la société Histoire et politique

Lhistoire est au coeur de la mémoire collective dun peuple ou dune nation: elle est un ensemble de références à partir duquel se construit une grande partie de lidentité du groupe social. Ce rôle en fait un enjeu politique considérable: la maîtrise du discours sur le passé par le politique peut être pour lui un moyen de faciliter des desseins de tout ordre. De nombreuses études portant, notamment, sur la vision de lhistoire transmise par les manuels scolaires, montrent cette instrumentalisation du passé à des fins politiques.

Lappropriation politique du passé peut prendre la forme de culte des "héros" nationaux, modèles censés représenter plus ou moins ce qui est attendu idéalement de chacun. Si linstrumentalisation de lhistoire est particulièrement visible dans les régimes totalitaires, qui utilisent fortement lhistoire dans leur logique demprise sur le peuple cest le cas de lURSS qui pendant la Deuxième Guerre mondiale reprend les symboles historiques et patriotiques russes à son compte, elle est également présente de façon plus subtile dans des régimes libres qui prennent comme point de référence des "héros" de leur histoire pour accompagner un message politique de Vercingétorix sous Napoléon III à Guy Môquet avec Nicolas Sarkozy en France.

Le XIX e siècle, durant lequel les nations européennes forgent leur identité moderne, est fréquemment donné en exemple dinstrumentalisation de lhistoire. Cest à cette époque que les hypothèses protochronistes émergent, et se manifestent fortement en Europe. Prenant appui sur les sources antiques, les Gaulois sont érigés en ancêtres des Français, la Belgique nouvellement fondée prend le nom dune province romaine, le Royaume-Uni se pose en héritière de la Bretagne romaine.

Ce mouvement saccompagne dun recours aux personnifications des pays, le plus souvent sous les traits dune femme guerrière et portant un casque ainsi quun bouclier aux couleurs du pays quelle cherche à personnifier. Cette vision cherche à représenter la Mère Patrie dans une optique guerrière, soit pour la défendre soit pour assurer sa prééminence. Ce phénomène sobserve en France Marianne, en Suisse Helvetia, en Allemagne Germania ou encore en Angleterre Britannia. Ces représentations se retrouvent souvent sur les pièces de monnaie, ou encore dans les bâtiments officiels sous forme de bustes ou de statues.

Ce siècle a également vu, dans la lignée du racialisme ou racisme scientifique, linterprétation des histoires nationales dun point de vue déterministe géographique, lhistoire servant dans ce cas présent, aux côtés des théories évolutionnistes naissantes, à justifier à laide darguments pseudo-scientifiques le peuplement et lémergence ou non de civilisations dans un territoire donné. En particulier, suivant les théories de Friedrich Ratzel et de Carl Ritter, les territoires tempérés dEurope étaient considérés comme propices à lémergence de civilisations avancées et à la contention des passions humaines, là où les zones tropicales étaient vues comme plus propices au déchaînement des passions et à la barbarie. Outre la construction dune identité nationale par la justification dune exception culturelle, ces visions de lhistoire servaient aussi à justifier des guerres et des conquêtes, quelles soient coloniales ou non. Ainsi, les Histoire de France écrites par lhistorien Jules Michelet sont données comme en partie responsable dune vision déterministe des frontières nationales françaises, comme si lhistoire de France était la lente conquête par les régimes successifs de frontières naturelles momentanément rognées par des accidents de lhistoire.

                                     

8.2. Place de lhistoire dans la société Histoire et mémoire

Une préoccupation de lhistorien mais aussi du citoyen est la mémoire dans lhistoriographie. La mémoire humaine est en effet loin dêtre infaillible, un témoignage pouvant être volontairement ou involontairement défaillant. "La restitution intégrale du passé est impossible … et, par ailleurs, effrayante ; la mémoire, elle, est forcément une sélection: certains traits de lévénement seront conservés, dautres sont immédiatement ou progressivement écartés et donc oubliés". De plus, se pose la question de la fiabilité de la transmission orale des témoignages. Enfin, "lhistoire privilégie labstraction et la généralisation ; la mémoire, le détail et lexemple".

Certains observateurs ont limpression que la vogue des commémorations historiques, accentuée selon certains en France dans les années 1980, constitue un refuge dans un passé mythifié, qui empêcherait la société de regarder lavenir. Ainsi, François Furet, dans son ouvrage Penser la Révolution française, indique: "La Révolution française peut être interprétée à la fois comme le produit de ce quelle a appelé lAncien Régime, et comme lavènement de la civilisation où nous vivons depuis ; dans le premier cas, elle est le grand spectacle de ce qui sest passé avant elle ; dans le second, elle inaugure le cours de légalité et de la démocratie modernes. Ce livre est une tentative pour la penser sous ces deux aspects, en renouant avec des questions posées par la tradition historiographique du XIX e siècle".

                                     

8.3. Place de lhistoire dans la société Histoire et avenirs

Les historiens considèrent que l’on ne peut anticiper rationnellement l’avenir sans une connaissance préalable de l’histoire et des enchaînements conduisant aux crises et tragédies passées. Comme la géographie, l’histoire est néanmoins encore souvent tenue pour une "discipline mineure" malgré les conséquences sociales, identitaires et politiques de l’ignorance que cela favorise.

                                     
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